Notre auteure essentielle : Jo Witek

Parmi les auteurices qui nous marquent durablement, il y a Jo Witek. Autrice protéiforme, elle écrit tant des albums que des romans noirs, ou des chroniques adolescentes décapantes. A l’ombre du grand arbre, on aime son engagement, sa capacité à dépeindre les émotions adolescentes. Petit florilège des ouvrages qui nous ont touchées.

Jo Witek, photo issue du site des Editions de la Martinière.

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Le choix d’Héloïse

De nombreux romans de Jo Witek ont marqué Héloïse. Elle aime ses romans pour ados, comme la série Mentine, ou Récit intégral (ou presque)… Elle adore ses romans policiers, Rêves en noir, Peur Express, ou encore Un hiver en enfer. Elle a été bouleversée par J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Mais puisqu’il faut choisir, elle a opté pour J’entends des pas derrière moi, et son format court et percutant.

J’entends des pas derrière moi, de Jo Witek. Nathan, coll. Court toujours, 2021

J’entends des pas derrière moi… C’est la nuit, je suis seule. J’ai peur, j’angoisse. Le moindre bruit me fait sursauter. A tort ? Ou à raison ? Sans pouvoir rien contrôler, ma tête se remplit d’images, toutes plus horribles et stressantes les unes que les autres. est-ce un bruit de pas que j’entends ? Homme, ou femme ? Ami, ou ennemi ?

J’ai peur. Il fait nuit, je suis seule. Vais-je réussir à rentrer chez moi ? Par où passer ? Quel trajet est « sûr » ? Y a-t-il quelqu’un qui guette, dans le noir ? Et si…, et si ?

D’où me viennent ces idées, pourquoi ne puis-je les contrôler ? Pourquoi le fait d’être une jeune femme, seule, la nuit, est-il si effrayant ?

« J’en ai marre de passer pour une dingue alors que c’est le monde dans lequel je vis, qui est malade. »

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Le choix de Lucie

Difficile de choisir, tant d’histoires de Jo Witek semblent essentielles ! Mais Lucie a une tendresse particulière pour les titres publiés chez Actes Sud junior aux couvertures illustrées par Olivier Tallec. Et ne pas parler de Momo, dont la situation est bien plus fréquente qu’on ne le croit, était inenvisageable. C’est donc sur Y a pas de héros dans ma famille ! que son choix s’est porté.

Y a pas de héros dans ma famille !, Jo Witek, Actes sud junior, 2017.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi un roman publié en 2021, J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle. Une réalité crue et tellement d’actualité, hélas … Pour cet exercice qu’est la découverte d’une autrice ou d’un auteur essentiel(le), Liraloin a choisi d’écrire sous forme de témoignage en reprenant des passages de cette histoire inoubliable.

J’ai 14 ans et ce n’est pas une bonne nouvelle, Jo Witek, Actes Sud Junior, 2021

Efi raconte ce qui lui est arrivé, il y a quelques années …

« Lorsque je reviens chez moi, je suis heureuse comme peut l’être une adolescente de mon âge à l’idée de revoir ma famille. Mais les miens ont la mine grave : « Mon retour ne se déroule pas vraiment comme je l’avais imaginé. Après la lecture du carnet, ma mère me félicite pour mon bon comportement général. Rien sur mes résultats. Je comprends que cela ne compte pas, que cela ne compte plus, et cette nouvelle indifférente m’effraie autant qu’elle me révolte. »

Ne plus se déplacer, s’amuser comme « avant » et qu’est-ce que c’était au juste « avant » ? Ma mère m’incite à me comporter comme une nubile devrait être : soumise, baissant le regard.

Et mon père qui décide de me marier dans moins de trois semaines. Je ne comprends plus rien, paralysée par cette nouvelle je décide d’écrire ce qui m’arrive :

« J’avais compris ; on allait me marier. A ce moment dans ma tête, la guerre a éclaté. Seule sur ma paillasse, j’ai vu des centaines d’images défiler. Le meilleur comme le pire de l’humanité. J’ai vu des bombes, des morts, des injustices, des pierres sur les corps des femmes et des enfants, des hommes enchaînés, des femmes immolées, j’ai vu le monde tel qu’il est, tel qu’il me déplaît et que grâce à internet je sais que je peux changer. J’ai vu le meilleur, le progrès, tout ce qui depuis que je vais au collège me fait rêver. J’ai vu des femmes dignes, fières et libres de choisir leur destin, leurs amours, leur chemin. J’ai vu des astronautes, des écrivaines, des cheffes de gouvernement, des avocates, des scientifiques, des agricultrices, des ingénieures et des marches pacifistes pour défendre l’injustice. Sur ma paillasse, alors que mes parents réglaient avec les étrangers les formalités de mon avenir emprisonné, j’ai ouvert la fenêtre qui donne sur la planète et je me suis fait la promesse de ne jamais laisser personne la refermer. Je suis une fille éclairée et jamais je ne pourrais vivre dans l’obscurité. Ma tête a dit non. Mon corps a dit non. Mes rêves ont dit non. »

Je m’accroche à ces quelques vers appris lors de mes études pour ne pas sombrer dans la folie : « C’est un poème de femme. Le cri d’une empêchée. Je suis personne ! Qui êtes-vous ? Etes-vous – personne – aussi ? Alors faisons la paire ! Silence ! on nous chasserait – vous savez ! » (Poème d’Emily Dickinson).

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Le choix de Séverine

A l’occasion de ce billet, Séverine s’est replongée avec délice (et une pointe de nostalgie) dans la série d’albums à découpes illustrés par Christine Roussey, chez La Martinière Jeunesse, qu’elle lisait avec ses aînés, d’abord, puis sa plus jeune fille quand elle était toute petite. Dans mon petit cœur, Dans mon sourire, Le ventre de ma maman, Les bras de Papa, Mes petites peurs, et bien évidemment Sous mon arbre 😉! L’univers poétique et doux qu’elles acréé autour des émotions du jeune enfant, tendre, mais sans niaiserie, est un très bel exemple de ses collaborations avec des illustrateur.ices de grand talent, au service de l’enfance. C’est sous la forme d’un poème que Séverine voudrait lui rendre hommage.

Dans les bras de mon papa,

Je ne crains vraiment rien.

Je cache mes petites peurs,

Et quelques gros chagrins.

Il est plus géant que moi,

Pourtant bientôt grande sœur,

Puisque dans le ventre de maman,

Et déjà dans mon petit cœur,

Il y a toi, le bébé, minuscule enfant

Qui agrandira notre bonheur.

Sous mon arbre à histoires,

Je te raconterai, écrits par Jo,

De ses mots les plus beaux,

Illustrés par Christine,

Avec ses meilleures mines,

Les albums les plus tendres.

Lovées dans ma petite chambre,

Ce sera le paradis, nous deux réunies.

Nous formerons fratrie,

et mieux encore, famille.

Quand je pense à tout ça,

Dans mon sourire on voit

Mille étoiles qui scintillent.

Comptine

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Le choix de Blandine

Comme l’ont souligné les autres Arbronautes, Jo Witek a une bibliographie très conséquente, allant de la prime enfance à la grande adolescence. Parmi tous ses livres, le choix de Blandine a été une évidence : le premier qui lui a permis de découvrir Jo Witek, Un jour j’irai chercher mon prince en skate.

Un jour j’irai chercher mon prince en skate. Jo WITEK. Actes Sud Junior, 2013

Ça n’a l’air de rien peut-être aujourd’hui,
Mais pour elle ça voulait dire beaucoup, ceci :
Inversement des mots et des images
Pour un dialogue non genré, surtout moins sage

« Elle ira chercher son prince en skate »
Elle, c’est Fred, dans un titre au rythme sec.
A l’instar de Diane sa tante, elle veut être libre
Elle se revendique « célibre »

A Clémence, les perspectives changent,
Pour d’autres, son démon devient un ange,
Et elle se débat dans ses contraires émotions

On lui avait dit, « c’est comme ça la vie »
entre secrets de famille et contes en féérie
Elle comprend surtout que c’est à elle de se faire son propre avis !

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Le choix d’Hélène

Trop tôt, Jo Witek, Talents Hauts Editions, 2015

Hélène a lu ce titre il y a quelques temps pour la préparation de cet article. Il représente bien l’oeuvre de Jo Witek, qui traite de beaucoup de sujets de société, notamment concernant les femmes.

Ici, c’est l’interruption volontaire de grossesse qui est abordée, au travers de l’histoire de Pia, une jeune femme qui suit sa cousine en boîte de nuit pendant les vacances. A quinze ans, elle veut séduire et elle y parvient. Elle passe une partie de la nuit avec Nathan avec qui elle a sa première relation sexuelle.

Quelques semaines après le retour de vacances, le retour à la réalité est rude puisque la jeune fille s’aperçoit qu’elle est enceinte… Elle fera le choix de l’avortement, soutenue par sa mère. Les réactions des personnages sont très réalistes et le roman est clair sur ce qui se passe, tout en restant délicat sur ce sujet difficile et les sentiments qui traversent l’héroïne. Le ton n’est ni jugeant ni victimisant envers elle, et peut faire de ce titre un bon outil de prévention, par le biais de la fiction.

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Et vous, quel titre auriez-vous choisi ?

Le Rouergue : la fin des albums ?

C’est au moment du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil que nous l’avons appris : Le Rouergue met fin à sa collection d’albums lancée il y a trente ans. Nous vous conseillons d’ailleurs la lecture du texte poignant d’Henri Meunier paru dans Libération à cette occasion.

Sous le Grand Arbre, attristées par cette nouvelle, nous avons choisi de célébrer ce qu’est cette collection à travers la présentation de nos titres préférés et ils sont nombreux. En espérant très fort qu’ils seront toujours disponibles en bibliothèque et ailleurs !

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Les choix de Lucie

Autant l’avouer d’entrée, Lucie n’est pas une spécialiste du catalogue des éditions du Rouergue. Mais la fermeture d’une maison d’édition, qui plus est de manière aussi brusque, n’est pas sans l’inquiéter quant à l’avenir de la littérature jeunesse de qualité. Car si de plus en plus d’albums sont édités, ceux aux partis-pris aussi forts que ceux qui ont fait les beaux jours du Rouergue sont peu nombreux. Elle a pu s’en rendre compte suite à une razzia à la bibliothèque en vue de cet article : il s’agit d’albums à la démarche artistique aboutie et qui font tellement confiance à l’intelligence des enfants qu’ils séduisent aussi les adultes.

Monsieur 2 D est un personnage en papier découpé très curieux. Il explore les pages de son album et tombe sur un univers en 3D qui le renvoie aux limites imposées par son état par des situations cocasses. Cet album de Bruno Heitz est composé de photos noir et blanc de figures découpées, un régal pour les yeux d’autant que tous les éléments sont pensés dans leurs moindres détails. Il est aussi plein de fantaisie grâce à des situations inattendues et des jeux de mots amusants. De la vraie belle littérature jeunesse !

Monsieur 2 D, Bruno Heitz, Le Rouergue, 2012.

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Dès le titre l’annonce est faite : Jean Gourounas va proposer sa version du mille-pattes, mais chacun pourra le réaliser comme il le souhaite. Quelle belle invitation à la création pour les enfants ! D’autant qu’il prend ensuite un malin plaisir à multiplier les suggestions, de plus en plus improbables. Coloré, ludique et ambitieux, cet album « à compter » (car les 1000 pattes seront bien dessinées) est bien plus que cela. À mettre entre toutes les mains !

Le mille-pattes on le dessine comme on veut, Jean Gourounas, Le Rouergue, 2012

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Le principe de La princesse rebelle se dévoile est extra. Une double page présente la vie parfaite de la princesse dans son château de conte de fée. Mais dès que le lecteur tourne la page, voilà le même texte et la même illustration caviardés avec talent pour en modifier totalement le sens. Et le procédé de se répéter tout au long de l’album sans perdre de son efficacité. Véritable pied-de-nez aux contes de fées traditionnels et aux clichés de princesses, cet album est aussi frais que drôle !

La princesse rebelle se dévoile, Guillaume Guéraud, Henri Meunier, Le Rouergue, 2021.

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Lucie aime les albums qui s’attaquent aux concepts difficiles à saisir. Et quoi de plus compliqué pour un enfant que de réaliser le temps qui passe, celui qui le sépare des retrouvailles avec sa maman ? C’est le défi que se sont lancé Victoria Kaario et Juliette Binet avec Le temps est rond. Le texte, très poétique, alterne entre éléments concrets et symbolisme pendant que les illustrations jouent avec toutes les variations et nuances du rond bleu. De quoi discuter et patienter jusqu’au retour de ses parents !

Le temps est rond, Victoria Kaario, Juliette Binet, Le Rouergue, 2023.

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Les choix de Séverine

Grande fan des albums de cette maison d’édition (mais pas que, elle adore aussi ses romans), Séverine se devait de parler du tout premier album publié dans la collection jeunesse des éditions du Rouergue, le fameux Jojo la Mache, premier livre écrit et illustré par Olivier Douzou en1993. Cet album fondateur a en effet ouvert la voie à un catalogue dont la qualité et la diversité (formats, univers graphiques, auteurs et autrices) n’ont d’égales que l’audace ou l’originalité.

L’album Jojo la mache est innovant, car ses illustrations utilisent des formes simples, des couleurs franches et un style minimaliste, très différent des albums jeunesse de l’époque, tandis que son texte, rythmé, à la troisième personne du pluriel, incluant le/la lecteur.ice dans l’histoire, ne suit pas une narration classique: il laisse la part belle au jeu (de mots), à l’imaginaire et à l’interprétation personnelle. Sans simplifier à l’excès. C’est l’histoire d’une vache nommée Jojo perdant jour après jour ses attributs (cornes, queue, mamelles…), qui se transforment en éléments célestes (étoiles, lune, soleil), comme une métaphore sur la disparition et le souvenir. C’est une façon drôle, poétique et délicate d’évoquer l’absence, la disparition d’un être cher ou simplement le cycle de la vie. Le petit format carré et les illustrations épurées, avec seuls trois tons dominants (orange, bleu, noir), attirent l’œil et donnent une vraie personnalité graphique à l’album. La première grande réussite d’une longue série pour le Rouergue. A noter que 20 ans plus tard, l’album Lola, du même Olivier Douzou, est une suite, un clin d’œil dans l’air du temps, un rappel à son illustre prédécesseur.

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« Pour un art du récit toujours renouvelé« , peut-on lire sur le site internet de la maison d’édition. S’il y en a bien un à qui ce leitmotiv va comme un gant, c’est Henri Meunier. Tantôt illustrateur, tantôt auteur, souvent les deux, il y a plus de 25 ans qu’il a intégré le catalogue, on le trouve aussi bien du côté du conte revisité, que de la fable philosophique, ou encore de l’album pour tout-petit (mais toujours à message).

L’album Mirabelle Prunier est l’une de ses nombreuses collaborations avec Nathalie Choux (chez d’autres maisons d’édition), sa première chez le Rouergue jeunesse. Il raconte une histoire de harcèlement, de violence scolaire et sociale, sous la forme d’une fable, encourageant la réflexion plutôt que le didactisme. L’album aborde poétiquement, avec sensibilité et émotion, mais aussi exigence, le rejet auquel les enfants peuvent être confrontés. Ici, grâce à la métaphore de l’arbre en lequel se transforme la jeune fille, l’épreuve n’est pas simplement surmontée, elle devient une source de force et de vie. Le texte, au vocabulaire soutenu et au style inimitable, plus littéraire que narratif, impose une lecture plus profonde et nuancée que de nombreux albums jeunesse, et peut être lu à différents niveaux selon l’âge et la sensibilité du lecteur. Les illustrations de Nathalie Choux, rondes, douces et délicates, accompagnent avec onirisme ce récit intense.

Mirabelle Prunier, Henri Meunier, illustré par Nathalie Choux, Edition du Rouergue, 2020

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Autre tandem du catalogue ayant marqué Séverine : Guillaume Guéraud et Marc Daniau, avec leur album Raspoutine, album atypique pour son époque (2008), qui traite de la marginalité en racontant l’histoire de Ferdinand, un sans-abri surnommé «Raspoutine » par les gens du quartier. Ferdinand vit dans la rue, fait la manche, boit, interpelle les enfants. Un jour, pourtant, malgré la peur qu’il inspire, un lien se crée avec eux. Le livre aborde la vie des SDF sans édulcorer la réalité puisque Ferdinand n’a « ni maison ni identité » autre que la rue, mais sans misérabilisme. C’est un excellent parti-pris narratif que le récit adopte le point de vue d’un enfant, hors jugement moral ni pitié excessive, l’approche est comme plus sincère, presque naïve, et donc touchante. Le livre questionne les préjugés, il invite à réfléchir à la place des exclus. Guillaume Guéraud, habitué des sujets difficiles en littérature jeunesse,- ici, c’est même un sujet rare,- le traite avec une justesse extraordinaire, jusqu’à la toute fin de l’histoire… Les illustrations de Marc Daniau montrant des scènes de rue très vivantes, dans un quartier animé, créent une atmosphère urbaine réaliste et parviennent à rendre Raspoutine à la fois inquiétant et attachant, humain avant tout. Une très belle réussite !

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Les choix de Liraloin

Bienvenue dans l’univers de Jacques Tati, grand réalisateur de films, génial interprète du personnage Monsieur Hulot, un héros solitaire en parfaite désharmonie avec le monde moderne qui l’entoure.

Dans cet album sans texte, David Merveille rend un bel hommage à ce personnage tendre et burlesque. Si la première page s’ouvre sur sa silhouette à califourchon sur un cyclomoteur c’est pour mieux le retrouver en pleine lecture prenant à peine conscience du monde qui l’entoure. Page après page, l’auteur s’amuse et devient à son tour metteur en scène du fameux Monsieur Hulot. Il semble bien que Jacques Tati aurait adoré se découvrir joueur de crêpière lui qui appréciait tellement jouer avec la fameuse petite balle jaune !

Hulot domino de David Merveille d’après Jacques Tati – Le Rouergue, 2019

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M. Hulot sur un toit perché ouvre le bal sur des futures scénettes, prêt pour un voyage dans un ciel parisien où quelques aventures burlesques vont se dérouler. Retenez donc ce parapluie qui menace de s’envoler !

Ainsi M. Hulot affublé de son éternel imper’, sa pipe et ses chaussettes rayées nous amène à changer notre regard sur le quotidien qui en devient magique et propice à la rêverie.

Chaque scénette, au titre évocateur, est composée de cases, ce qui apporte un micro temps suspendu avant la chute se situant au verso de la page. A la fois comique et poétique M. Hulot sait comment redonner le sourire lorsqu’il s’essaye à la plomberie ou lorsqu’il s’amuse à la pêche aux canards (cela dit avec une maladresse qu’on lui connaît bien !). Que dire du clin d’œil à Don Quichotte et au personnage du facteur héros au vélo du film Jour de Fête, futur M. Hulot avant Hulot !

La chute de cet album sans texte est un régal et invite à relire Monsieur Hulot à la plage . La mise en page soignée de cet album va jusqu’au code barre du livre se substituant à la chaussette rayée de notre personnage préféré.

Hello monsieur Hulot de David Merveille d’après Jacques Tati – Rouergue, 2010

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Les choix d’Helolitla

Héloïse est plus habituée aux romans ado du Rouergue – elle adore la collection Epik et les romans de Marine Carteron -, mais elle ne pouvait pas ne pas mentionner les albums de Christian Voltz. Elle les a récemment découvert avec ses enfants, et a beaucoup aimé tant le style graphique que les thématiques abordées.

Celui qui a le plus marqué sa famille, c’est Loupé !, avec ses deux personnages qui attendent le bus. Le ton satirique et le décalage entre les deux personnages en font un album percutant et mordant qui dénonce avec brio notre rapport aux écrans. Un texte brillant qui nous invite, a contrario, à profiter de chaque petit instant…

Loupé !, de Christian Voltz. Le Rouergue, 2017

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Un autre album du Rouergue a eu beaucoup de succès avec les enfants d’Helolitla : Moi, en pyjamarama, de Michael Leblond et Frédérique Bertrand.

Cet album original et ludique est en effet fourni avec une sorte de loupe rayée. Loupe qui permet d’animer la lecture des images, et en fait de magnifiques expériences visuelles. Au fil de la lecture, on se rend compte qu’on voyage dans le corps humain, et tout prend sens à la fin. C’est un titre surprenant et joyeux, amusant et très original !

Moi en pyjamarama, de Michael Leblond et Frédérique Bertand. Le Rouergue, 2012

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Grâce à ce billet, nous espérons vous avoir convaincu.e.s que la collection « Albums » du Rouergue s’est imposée par son exigence artistique et la richesse de ses univers, en mêlant liberté graphique, textes sensibles et thèmes contemporains. Elle laisse l’empreinte durable d’une littérature jeunesse audacieuse et profondément créative, « participant plus que sa part à l’image d’excellence dont bénéficie la création littéraire jeunesse française dans le monde.« , ainsi que l’écrit Henri Meunier dans sa tribune. D’autres maisons d’édition tirent tout de même encore leur épingle du jeu. Alors, dans un monde éditorial de plus en plus formaté, espérons avec lui que « les ambitieux résilients, auteur·es et maisons d’édition, sauront se retrousser les manches, sauront se retrouver des maches.« 

Et vous, quels albums des Editions du Rouergue jeunesse vous ont-ils fait vibrer ?

Nos coups de cœur de janvier

Mais oui 2026 est enfin là et nous reprenons nos belles habitudes ! Voici en exclusivité et rien que pour vous nos nombreux coups de cœur. Un bon thé, un plaid et un excellent livre, quoi de mieux pour affronter cet hiver piquant ?!

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Pour Liraloin, c’est encore une BD qui remporte tous les suffrages. Tous les ingrédients sont réunis pour partir dans une aventure complétement loufoque sur un océan pas si Pantouflard que ça.

Forbans ! de Renaud Farace & Olivier Philipponneau – Editions 3oeil, 2025

Lorsque Barbe-en-Tas apprend qu’il est papa, tout va pour le mal dans ce bateau de pirates survoltés : « mon hériter, un terrien ?! Foi de Barbe-en-Tas, une telle infâmie n’arrivera pas. » Enlevé par son géniteur, Eric ne cherche qu’à s’enfuir de ce maudit rafiot afin d’aller s’unir à la merveilleuse et riche Eléonore. Mais sur l’océan Pantouflard la navigation n’est pas une activité des plus tranquille. Entre crises existentielles, tentatives de mariage et de mutinerie, personne ne sortira complétement indemne de ce voyage oh combien périlleux : « Ho ça va vous, hein ! Vous feriez moins les malins si on avait empêché vos noces, détruit votre avenir de gentilhomme et, cerise sur le pudding, si une bande de malpropres emplumés vous avait capturés pour vous occire au fin fond d’un marais perdu en plein océan Pantouflard !».

Quels joyeux lurons que ces forbans d’eau salée ! Quel régal de rire comme des pirates en lisant cette aventure qui n’arrête pas une seconde. Entre les jeux de mots et les punchlines, on s’amuse comme des gosses, après tout on est tous des mômes devant cette BD. Les personnages sont tous complétement barrés c’est sans doute les conséquences de la palette de couleurs utilisée par O. Philipponneau.

Si vous souhaitez en savoir plus, venez les rejoindre à bord pour partir à la recherche de la fameuse perle mais attention à cette tribu des Kot Kot Kot et les animaux qui peuplent cette île maléfique… brrrrrrrrrrrrrrrrrr…

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Lucie a été séduite par le roman graphique grand format Le berger et l’assassin. L’histoire de ce berger recueillant un assassin l’a profondément touchée. Le texte d’Henri Meunier s’attache à la simplicité de son personnage, mais ouvre des questionnements moraux passionnants. Et les illustrations de montagne de Régis Lejonc sont somptueuses. Un coup de cœur à tous points de vue !

Le berger et l’assassin, Henri Meunier, Régis Lejonc, Little Urban, 2022.

Sa chronique ICI.

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C’est aux Éditions Rue du Monde que Lucie doit son deuxième coup de cœur. Contactées en prévision des articles sur l’EVARS (à paraître prochainement), elles lui ont partagé l’album Noli qui dit Non !. Antje Damm y met en scène un petit rongeur capturé par un enfant qui souhaite jouer avec. Sans que le propos ne soit appuyé, le jeune lecture se voit sensibilisé au consentement, au respect et à la cause animale. Et pour ne rien gâcher, les illustrations de cet album sont très graphiques.

Noli qui dit Non !, Antje Damm, Rue du Monde, 2025.

Son avis complet ICI.

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Héloïse – Hélolità a lu beaucoup de graphiques ce mois-ci, en voici une petite sélection ! Elle est retombée en enfance le temps de sa lecture de Dina et le millimonde, a vibré avec Soeurs de glisse, et a retrouvé avec un grand enthousiasme les héros atypiques de Promenons-nous dans l’espace.

Dina et le millimonde, c’est la nostalgie de l’enfance, l’odeur des plats italiens qui mijotent, le goût de l’aventure et du mystère… Dina, c’est une jeune fille qui vit seule avec sa mère depuis que son père a mystérieusement disparu. Elles vont passer quelques jours de vacances chez Nonna, la grand-mère, enfin, c’est ce qui est prévu… La magie s’invite, Dina rétrécit subitement, et découvre un nouvel univers…

Chronique familiale, puis aventure pleine de rebondissements, ce premier tome a su charmer Héloïse, avec cette héroïne au caractère (trop) bien trempé, ces relations mère-fille compliquées, cette grand-mère si adorable, ces mystères, cet univers minuscule. Une lecture chaleureuse, et en même temps rythmée et prenante.

Dina et le millimonde, tome 1 : Le peuple du grenier, de Antonello Dalena et Stéphane Lapuss’, Dupuis,
janvier 2026

Sa chronique ICI.

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Léonie est née malvoyante. Cela ne l’a jamais empêchée de faire du sport à haut niveau en milieu valide. Mais son handicap finit par la rattraper. Sa mère lui propose alors de tenter le ski paralympique. Contre toute attente, cela lui plaît. Sauf que c’est sa sœur, avec qui elle ne s’entend guère, qui sera sa guide…

Avec Sœurs de glisse, Héloïse a plongé dans l’univers du ski paralympique. Handicap, acceptation de soi et des différences y sont abordés avec finesse, mais ce qui l’a touchée avec ce graphique, c’est surtout la relation qui se tisse peu à peu entre les deux sœurs du titre. On sent bien au départ que tout les oppose, et ce nouveau défi, avec toutes ses difficultés, les rapproche peu à peu…

Sœurs de glisse, de Gwenola Morizur et Agnese Innocente, Jungle, janvier 2026

La chronique complète d’Hélolitlà ICI.

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Promenons-nous dans l’espace, c’est un manga qui avait su surprendre Héloïse dès le premier tome. Dès qu’elle a aperçu cette suite chez son libraire manga préféré, il a aussitôt été acheté, précieusement ramené à la maison, et dévoré.

Promenons-nous dans l’espace, ce sont deux « héros » atypiques, l’un en échec scolaire, et qui jusqu’à présent a toujours fait comme si cela ne le dérangeait pas, l’autre neuroatypique. La rencontre des deux, c’est une belle surprise, et une amitié qui se tise peu à peu, entre doutes, moments de partage et d’échange, difficultés à affronter.

D’une soirée avec le club d’astronomie à la difficile révision des examens en passant par la difficulté à être entouré de gens et sursollicité, toutes les thématiques sont abordées avec bienveillance. C’est touchant. Avec en rime un beau message : chacun a ses forces et ses faiblesses, mais tout le monde peut s’en sortir. Entraide, différence, zeste de folie, persévérance, voila un petit bonbon tout doux et foufou à savourer sans hésitation !

Promenons-nous dans l’espace, tome 2, de Inuhiko Doronoda, Glénat manga, janvier 2026

Sa chronique détaillée ICI.

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Pour Séverine, les coups de cœur du mois, ce sont d’abord les 2 nouveautés de la récente collection Faire humanité, emblématique de la ligne éditoriale des Editions du Pourquoi pas ? : originalité (2 courts textes en vis-à-vis, que l’on peut lire séparément mais qui se « répondent »), belles illustrations (douces et évanescentes de pour Petite chose/Et si l’on s’aime, punchy et chamarrées pour Fashion victim/Sous toutes les coutures), sensibilité, poésie, réflexion, à portée d’enfant, toujours.

Dans Petite chose, de Claire Beuve et Et si l’on s’aime, de Cathy Ytak, c’est la réciprocité du sentiment amoureux qui est interrogée, qu’elle soit bafouée, ou sublimée. Quand Claire Beuve, dans un texte à la fois doux et rythmé, sans complaisance mais sans jugement, dénonce les mariages forcés, au nom de traditions séculaires, de jeunes filles tout juste adolescentes, c’est la voix de celles qui n’en ont pas que l’on entend, qui résonnent tel un chant d’espoir. Quand Cathy Ytak, tout en pudeur, raconte les premiers émois amoureux, la découverte de la sensualité, au féminin comme au masculin, on imagine avec elles que filles et garçons d’aujourd’hui sauront rebattre les cartes, déconstruire les clichés et injonctions de genre, tout en faisant du consentement l’as de leurs relations, au présent et à venir. Pour un autre avenir.

Petite chose/Et si l’on s’aime, de Claire Beuve, Cathy Ytak, illustré par Josephine Fromme, Editions du pourquoi pas?, 2026

Sa chronique complète ICI.

Dans Fashion victim et Sous toutes les coutures, Marie Colot nous invite, tout en nuances, à voir plus loin que le bout de notre jean, à en découdre avec nos habitudes consuméristes, à ne pas cautionner la fast fashion qui asservit, gaspille, pollue…Et l’on se prend à vouloir revêtir de nouvelles peaux d’âme…tissées d’humanité.

Fashion victim /Sous toutes les coutures, de Marie Colot, illustré par Gin, Editions du pourquoi pas ?, 2026

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Mais elle a surtout eu le coup de cœur absolu pour un magnifique album-photo, paru aux Etats-Unis et au Japon en 1967, écrit par l’autrice américaine Betty Jean Lifton, avec des photographies en noir et blanc de l’artiste japonais Eikoe Hosoe. L’album s’appelle Taka-chan et moi-Le voyage d’un chien au Japon. Il vient d’être édité pour la première fois en France par les éditions MeMo et c’est une splendeur. Histoire d’amitié entre un chien Braque de Weimar majestueux, Runcible, et une fillette japonaise, Taka-chan, « prisonnière » d’un dragon qui refuse de la laisser retourner chez elle pour se venger de son père, à moins que Runcible ne trouve la personne la plus loyale de tout le pays, et dépose une fleur à ses pieds. Nous suivons ainsi nos deux héros, complices et courageux, dans tout Tokyo, jusqu’à…un chien, mais pas n’importe quel chien ! La légende d’Hachiko parle certainement aux passionné.es de Japon, n’est-ce pas Lira loin? Les photographies en noir et blanc, jouant avec le flou, le mouvement, la profondeur de champ, le contraste…sont superbes et déroutantes, le récit, dont le chien est le narrateur, est truffé (et l’on conviendra que c’est fort à propos !) d’humour, de tendresse canine, d’émotions à fleur de crocs…Onirique, cet album unique s’ouvre et se clôt par cette question : « Qui peut bien dire si ce qu’on vit tient du rêve, ou de la réalité ? » La littérature jeunesse à son meilleur.

Taka-chan et moi-Le voyage d’un chien au Japon, de Betty Jean Lifton, photographies d’Eikoh Hosoe, Editions Memo, 2023

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Sauveur et fils, Marie-Aude Murail, l’école des loisirs, édition 2025

Hélène pour sa part a découvert 10 ans après tout le monde la série Sauveur et Fils de Marie-Aude Murail à l’occasion de sa réédition et elle a dévoré les 3 premiers tomes.

Une lecture fluide et des personnages auxquels on s’attache très rapidement l’ont immédiatement séduite : Sauveur, Louise, leurs enfants et une famille élargie aux voisins et amis des amis forment une amille recomposée si attachante ! Et bien sûr questionnements existentiels des patients de Sauveur qui, quand il ne tente pas de mettre de l’ordre dans sa propre vie aide les autres à mieux vivre la leur puisqu’il est psychologue apportent de la profondeur au récit.

A la fois intemporel et incroyablement moderne, ce livre nous offre toute une palette de sentiments sans tomber justement dans les « bons sentiments », une réflexion complexe sur les personnages extrêmement bien construits, un amour des enfant, une tendresse pour les adolescents et leur tourments, une manière de regarder le présent et le passé avec douceur et de multiples rebondissements, pour beaucoup d’entre eux liés aux hamsters adoptés par Sauveur et son fils Lazare.

Racisme (Sauveur est martiniquais), secrets de famille, poids du passé, transidentité, scarification, famille dysfonctionnelle, tentative de suicide, burn-out des enseignants… Tous ces sujets très lourds sont traité avec finesse et naturel, car derrière la porte de son cabinet, la « vraie vie » de Sauveur l’attend et dans cette vie il y a des enfants à élever et à protéger du monde sans leur en cacher la dureté. L’humour présent à chaque page ou presque aide beaucoup à cela !

Du vrai beau roman jeunesse comme on aime !

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Le second coup de coeur d’Hélène est l’album Etrange et fabuleuse Henriette d’Héloïse Solt.

Séduite par le graphisme de la couverture et par le titre, Hélène n’a pas été déçue de l’histoire. Les illustrations sont fidèles à celles de la couverture, fouillées, et Henriette tellement mignonne avec ses tâches de rousseur et ses coccinelles dans les cheveux ! Son prénom donne le ton, elle est un peu en décalage avec les enfants de son âge puisque ses passions sont les endives et les insectes.

Henriette va rencontrer une créature jaune vif, qui va un jour se matérialiser devant elle et partager sa passion pour les insectes. Afin de la convaincre de manger autre chose, Henriette emmène sa nouvelle amie à l’école et notamment à la cantine où tout le monde se montre persuasif, en étant très créatif avec la nourriture, pour faire découvrir de nouvelles saveurs la créature qui est très attachante. Kawaï food, rires et nourriture partagé permettront à Henriette de s’intégrer tout en restant elle-même.

Un album loufoque mais avec un message profond, avec plusieurs degrés de lecture et des illustrations très belles et détaillées, voilà la recette d’un livre de qualité à mettre entre toutes les mains à partir de 4 ans et bien au-delà !

Etrange et fabuleuse Henriette Héloïse Solt, Little Urban; 2025

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Et vous, quelles histoires vous ont fait vibrer en ce début d’année ?

Lecture commune : 72 saisons au Japon

Lucie, Héloïse et Liraloin ont décidé de partir très loin, dans un pays fantastique et accueillant. Une île où 72 micros saisons rythment la vie des japonaises et des japonais. Curieuses et charmées par ce documentaire, elles vont voulu échanger leurs impressions. Préparez-vous un bon thé matcha, et en route pour le Pays du Soleil Levant…

72 saisons au Japon, Kyùreki un calendrier de la Nature d’Emmanuelle Grundmann & Gilberte Niamh Bourget, 2025

Liraloin : Avant la lecture de ce documentaire, saviez-vous que les japonais étaient très attachés au cycle des saisons ? 

Héloïse : Je ne suis jamais allée au Japon, j’avoue connaître surtout ce pays grâce à ma lecture de mangas (j’en lis énormément), et j’avais remarqué que le printemps, et notamment la saison des cerisiers en fleurs, jouait un rôle important chez eux, tout comme certaines fêtes. Mais je n’imaginais pas qu’il y avait autant de mini-saisons ! 

Lucie : Moi non plus. Je savais qu’ils avaient un lien particulièrement fort avec la nature (les cerisiers en fleur comme Héloïse, les forêts et c’est aussi souvent le sujet des haïkus…) mais je n’avais jamais entendu parler de ces multiples saisons ! Et toi Liraloin, qui a eu la chance de visiter ce pays récemment ?

Liraloin : J’ai découvert cette subtilité sur les saisons avec le youtubeur Ichiban Japan (cela dit en passant, fait de magnifiques vidéos explicatives et dépaysantes sur les régions pas très touristiques au Japon). Je connaissais le lien très fort en particulier avec la floraison des sakuras mais pas plus. C’est en lisant beaucoup de littérature japonaise que je me suis aperçu que les saisons étaient très importantes dans le rythme de vie des japonais. Et qui plus est : qu’il y a même des micros-saisons.

72 saisons au Japon d’Ichiban Japan – Ichiban Japan, 2022

Lucie : Que pensez-vous de ces micro-saisons justement ? Elles vous paraissent “justifiées” ?

Héloïse : Je trouve ça super intéressant, cette connexion à la nature, au monde qui nous entoure, au vivant.

Liraloin : exactement Héloïse, j’adore penser que les japonais sont hyper connectés à cette Nature et à la lecture de ce livre il y a cette impression d’observation qui s’en dégage. Le fait de prendre le temps de regarder, se délecter ce qui nous entoure jour après jour presque… et toi Lucie? 

Lucie : Honnêtement en découvrant le titre j’ai trouvé que 72 saisons c’était peut-être un peu exagéré. Mais à la lecture, j’ai vraiment adoré cette attention aux détails, aux minuscules changements de la nature. Et j’ai trouvé cette approche très poétique. Une véritable invitation à ralentir et à observer nous aussi ce qu’il se passe autour de nous.

Liraloin : Je te rejoins complètement Lucie, cette poésie fait du bien car elle nous permet de s’arrêter un peu et on en a bien besoin.

Héloïse : Oui, j’ai beaucoup aimé cette idée d’observer la nature et ses infimes changements, comme marqueur de temps qui passe, mais aussi et surtout l’émerveillement de voir cette Nature si vivante…

Liraloin : D’où cette question : qu’avez-vous pensé de la construction de ce documentaire? 

Lucie : Logiquement, il est chronologique donc pas de surprise de ce côté-là. J’ai trouvé le texte concis, juste comme il le fallait pour attirer l’attention sur les infimes changements mais laisser aussi une place à l’imagination.

Héloïse : Je l’ai lu par petites touches, et j’ai aimé cet aspect chronologique, justement. C’est le genre d’ouvrage qu’on rouvre régulièrement, pour y piocher des anecdotes, des petites informations…

Lucie : En l’ouvrant je pensais comme toi le « picorer », et en fait je me suis laissée prendre au jeu de « mais quel élément va marquer le prochain changement de saison ? », un peu comme un petit suspense et je l’ai lu pratiquement d’une traite. Je trouve que l’écriture se prête bien aux deux types de lecture : ce n’est pas indigeste en continu, mais ça se lit aussi par petites touches très facilement.

Liraloin : Mais oui tu as raison Lucie ! J’ai eu cette même impression à la lecture ! Ce qui est très intéressant ici c’est que les explications données sont faites de manière ludiques et instructives, c’est fort appréciable.

Héloïse : J’ai apprécié le lien entre nature et légendes ! J’y ai retrouvé certaines dates et événements rencontrées lors d’autres lectures, et c’était très chouette de les voir illustrées et expliquées ici. 

Liraloin : C’était d’autant plus amusant que ces anecdotes m’ont bien replongé dans mon voyage donc Lucie, tu peux être fière car grâce à ce livre, je prolonge ce plaisir ! 

Liraloin : Dans la construction nous avons évoqué le contenu texte mais qu’avez-vous pensez de l’objet livre en lui-même? 

Héloïse : J’ai apprécié le format allongé avec sa couverture rigide, et la mise en page à la fois aérée et colorée. Les illustrations ont un aspect enfantin assez amusant, délicat presque, je trouve qu’elles vont bien avec l’aspect poétique de l’ensemble. 

Liraloin : Je trouve ce livre très attirant il a un format entre guide de voyage et roman graphique. Justement cela permet au jeune lecteur-lectrice de l’emporter partout. La couverture est visuellement bien réussie avec ce dégradé de saisons allant de l’hiver au printemps. J’apprécie également lorsqu’il y a une attention particulière aux couvertures intérieures. Il est soigné !

Lucie : J’ai aimé la couverture rigide, la mise en page très aérée et, évidemment, les saisons écrites en japonais qui sont quand même indispensables ! Les tonalités de couleurs de ces signes et des sous-titres sont très harmonieuses. On sent que tout a été pensé et c’est très agréable à lire.

Liraloin : Comme l’évoque Héloïse, les illustrations peuvent sembler assez enfantines. Est-ce que cela vous a plu ? 

Héloïse : J’ai été surprise au début, et puis j’ai apprécié cet aspect un peu rétro, cette impression de retomber en enfance, tout comme les enfants peuvent s’émerveiller de tout, on nous invite à nous émerveiller nous aussi. D’ailleurs, je trouve que cet ouvrage est à mi-chemin entre l’album et le documentaire. 

Lucie : Oui, j’ai aimé. Elles ont un côté « sur le vif » et en même temps, encore une fois, les couleurs sont très harmonieuses. C’est enfantin mais maîtrisé, juste une manière de signaler aux enfants que OUI, ce documentaire avec son grand nombre (72 !) et ces mots compliqués à lire (car il y a des transcriptions de mots japonais) leur est destiné. Je te rejoins Héloïse, on est vraiment entre l’album et le documentaire et j’aime beaucoup ton interprétation de l’invitation à retrouver notre émerveillement d’enfant.

Liraloin : Je vous rejoins complètement, j’ai été surprise de ce choix d’illustrations car on s’attend toujours à un trait un peu plus “japonisant” mais en réalité cela colle complètement à ce documentaire, comme vous le dites, à mi chemin avec l’album. J’ai apprécié ce trait naïf aux couleurs harmonieuses. Les illustrations d’oiseaux sont superbes !

Lucie : J’évoquais les mots compliqués ; ce n’est pas tant qu’ils sont compliqués mais plutôt que l’on trouve un savant mélange entre mots japonais transcrits et termes scientifiques précis. Dans un texte très accessible par ailleurs, j’ai trouvé qu’ils contribuaient au côté poétique de l’écriture. J’avoue que j’aime bien quand les auteurs font confiance aux enfants pour comprendre et se saisir de “mots savants”, d’expérience ils adorent ça ! Est-ce que vous aussi vous avez été séduites par ce choix ?

Liraloin : J’ai parcouru le livre suite à ton interrogation Lucie, pour ma part je ne trouve pas qu’il y ait trop de mots compliqués, c’est des mots japonais que l’on retrouve ici et là mais ils ne gênent pas la lecture. Au contraire cette attention incite l’enfant sans doute à vouloir en avoir plus ou simplement à se délecter d’un mot étranger et qui sonne bien.

Héloïse : Le vocabulaire est assez précis, il y a quelques termes scientifiques effectivement (chrysalide, par exemple), et je trouve ça chouette, mais ce n’est pas non plus trop complexe. 

Lucie : Pour conclure, à qui conseilleriez-vous ce livre ?

Liraloin : Bien évidemment à tout fan du Japon mais aussi aux personnes qui cherchent des livres pour se déconnecter en poésie ! Sa mise en page incite à le lire par petites bribes et à y revenir… 

Héloïse : Son format généreux et aéré, ce vocabulaire riche et poétique me fait penser qu’il plaira à petits et grands. D’ailleurs, à la maison, chacun y a trouvé son compte ! Qu’on soit fan du Japon, de nature ou de poésie, il y a de quoi être conquis.e !

Lucie : Je sais que beaucoup de parents râlent lorsque leurs enfants ne lisent que des mangas. Je me dis que cet album-documentaire peut être une ouverture vers un autre aspect du Japon, culturellement et poétiquement car ce pays a aussi une culture très riche dans ce domaine. Cela ne remplacera pas mais pourra peut-être compléter. Je vous rejoins : les “petits lecteurs” peuvent y trouver leur compte grâce à la possibilité dont on a déjà parlé de “picorer”. Et je le conseillerais aussi à tous les amoureux de la nature qui ont envie d’un regard neuf sur les petites transformations du quotidien.

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Nous espérons que ce documentaire vous aura apporté autant de petits bonheurs qu’il nous en a procuré !

Notre auteur essentiel : Yves Grevet

Si nos articles se nourrissent toujours de nos rencontres et de nos lectures, celui-ci en est le parfait exemple. Parce que nous avons eu l’opportunité de lire son dernier roman, L’archipel des animaux bannis (qui a donné lieu à une lecture d’ado), nous avons eu envie de (re)lire certains romans d’Yves Grevet. Parce que nous l’avons rencontré à deux reprises récemment (à la fête du livre de Saint-Etienne et au SLPJ de Montreuil), nous avons eu envie de formaliser nos questions et de vous partager ses réponses dans un entretien.

Il est maintenant temps de vous présenter nos livres préférés de cet auteur essentiel, chacune à notre manière, et avec la participation d’un jeune invité, toujours partant pour parler de cet auteur qu’il adore.

Yves Grevet, photo issue du site des éditions Little Urban.

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Le choix de Liraloin

Liraloin a choisi le dernier titre d’Yves Grevet : L’archipel des animaux bannis, un roman dystopique qui nous invite à réfléchir sur la place des animaux dans un monde qui a peur des épidémies… Une histoire de rencontre également entre le timide Jarod et Nora une passionnée d’oiseaux.

L’archipel des animaux bannis d’Yves Grevet, Syros, 2025

            « Nora, mon quetzal,                                                               le 6 octobre 2072

Il est tard et le soleil se couche enfin, je pense à toi. A vrai dire, tous les jours je pense à toi. Aujourd’hui en particulier car il m’a fallu du temps et beaucoup de patience pour en arriver là. Rien n’aurait été possible sans l’aide d’Aurore et Herbert. Ces deux-là n’ont pas hésité à alerter le gouvernement, à prouver noir sur blanc que la survie des espèces impacte directement notre propre survie. Petit à petit, nous avons réintroduit des oiseaux comme le martin pêcheur, le canard colvert, le cygne… dans leur habitat naturel. Quel moment magique de voir ces volatiles se réacclimater en dehors d’une réserve non adaptée…

Je me souviens des heures matinales, sous cette tente où nous écoutions le chant des oiseaux… Maintenant, demain, dans un an, j’espère que le monde continuera d’évoluer pour trouver de nouveau un équilibre. Tous ces oiseaux ont le droit de se faire entendre. »

                                                                                                          Jarod

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Le choix d’Héloïse

Héloïse a choisi le roman ado Seuls dans la ville entre 9h et 10h30, dont elle a beaucoup aimé la structure originale.

Une sortie scolaire.

Un travail d’écriture. Un crime ?

Qui a tué le notaire ?

Mystère…

Enquête en vue.

Originale, qui plus est.

Des textes à rassembler,

des formes narratives variées.

des points de vue à confronter.

Qui était le mieux placé ?

Qui a vu ?

Du suspense ?

On aime !

De l’humour ?

Toujours.

Des rebondissements ?

On prend !

Les pages défilent,

les hypothèses – plus ou moins farfelues – font chauffer les cerveaux

de nos héros.

Mais qui croit deux ados ?

On valide ce roman qui revisite avec félicité

et beaucoup de fantaisie le roman policier !

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Le choix de Théo

Théo, 14 ans, lit beaucoup de livres et aime notamment les romans d’anticipation. Méto est l’un de ses romans préférés parce qu’il mêle anticipation et réflexion sur les techniques d’éducation et la société à différentes échelles. Il a imaginé la lettre de l’un des personnages.

Cher Marc-Aurèle,

Comme tu le sais déjà, j’ai eu des ennuis, avec mes deux fils, Romulus et Rémus. J’ai appris par un médecin, qu’ils sont atteints d’une maladie rare qui les condamne à rester enfants jusqu’à leur mort. J’ai donc eu l’idée de construire une Maison, qui concentrerait les enfants « en trop » (depuis que tu as fait passer le décret qui interdit plus d’un enfant par foyer) on leur ferait subir une opération du cerveau à l’issue de laquelle ils oublieraient leur passé. Ils seraient éduqués par des enseignants, et encadrés par les César.

Les enfants de la Maison seront initiés à un sport mêlant violence et esprit d’équipe, appelé l’Inche. Bien sûr, si les enfants n’étaient pas sages, les César pourraient les punir en les envoyant au « frigo », une cave très froide, à moins de 0°C dans une durée qu’ils détermineraient.

Tu m’as dit que tu avais des ennuis avec ton petit-fils Méto. Si tu es d’accord, tu pourrais l’envoyer à la Maison. Il pourrait garder son prénom (car les enfants porteraient des prénoms romains comme mes fils).

J’attends de tes nouvelles.

Bien à toi,

Jove

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Le choix de Lucie

L’école est finie, Yves Grevet, Syros, 2012.

Comme Yves Grevet, Lucie est enseignante et se pose régulièrement des questions sur l’avenir de l’école. Elle a retrouvé nombre de ses préoccupations dans L’école est finie, court roman d’anticipation et de politique-fiction. En 2028 (demain !), une grande crise a détruit le système scolaire français. Il est maintenant sponsorisé par des entreprises qui forment les enfants aux métiers qui leurs sont nécessaires. Elle a imaginé le flyer de la structure dans laquelle le héros « étudie ».

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Le choix d’Hélène

Grupp, Yves Grevet, Syros, 2012.

Hélène pour sa part a choisi de vous présenter le titre Grupp.
Dans cette dystopie futuriste, chacun porte un implant de la société LongLife. Le but officiel : vivre plus longtemps, en bonne santé et protéger la population.
En effet à la moindre accélération cardiaque due à un stress, une agression ou un problème de santé, les personnes de LongLife accourent. Géolocalisés, pistés, vivant dans un monde parfaitement aseptisé (oserait-on dire ennuyeux ?), les citoyens se sentent en sécurité, sauf certains jeunes qui font partie du Grupp. Le roman commence par l’incarcération de Scott 17 ans, dont la famille découvre qu’il fait partie de ce groupe, racontée du point de vue de son jeune frère de 14 ans, Stan.

Le jeune homme évoluera dans sa vision du monde au fur et à mesure du roman, qui varie les narrateurs : d’abord Stan, puis Scott et enfin les autres membres du Grupp, organisation que nous apprendrons à connaître et comprendre.

Comme souvent chez Yves Grevet, une belle réflexion sur la surveillance généralisé et l’équilibre entre sécurité et liberté.

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Et vous, quel est votre titre préféré d’Yves Grevet ?